Portrait d’artiste #2 Jeff Wall

Le photographe canadien Jeff Wall, né en 1946 demeure parmi les artistes les plus influents de la photographie contemporaine. Inspiré par la peinture du XIXe Siècle et du Surréalisme, il réalise des photographies hors normes qui comprennent des mises en scènes méticuleuses.

À travers une série de trois oeuvres sélectionnées : Dead Troops Talk (a vision after an ambush of a Red Army Patrol, near Moqor, Afghanistan, winter (1986)); Tatoos and Shadows ; A ventriloquist at a birthday party in october 1947, (1990), il sera question ici de l’influence picturale de Jeff Wall et de son jeu de mise en en scène et de comprendre comment il est parvient à devenir un peintre moderne en photographie.

Après des études en Histoire de l’Art, l’artiste puise une majeure partie de son inspiration dans les tableaux peint par Eugène Delacroix, Edouard Manet et des oeuvres surréalistes comme notamment le travail de Marcel Duchamp. En effet, comme nous remarquons dans Tatoos and Shadows l’attitude des personnages mis en scène, rappelons­ le, posés sur l’herbe à l’abri du soleil, la verdure, rappellent directement les mêmes éléments composants la peinture d’Edouard Manet, Le Déjeuner sur l’herbe. Par ailleurs, nous pouvons noter que Jeff Wall a omis de représenter un détail : les éléments du Déjeuner. Comme la photographie précédente, A ventriloquist at a birthday party in october 1947, (1990) fait allusion à une oeuvre picturale. Ici, une ventriloque et sa marionnette au centre font face à douze enfants ayant le dos tourné, observent son numéro. L’alignement des personnages évoque ainsi La Cène de Léonard de Vinci. Le personnage central remémore au spectateur la même place attribuée à Jésus Christ dans la célèbre fresque : La ventriloque apparaît telle le Messie qui est sur le pont d’annoncer son discours. De plus, en observant cette étrange scène paradoxalement muette, le public reste absorbé par ce silence fascinant. Pour la dernière photographie, Dead Troops Talk (a vision after an ambush of a Red Army Patrol, near Moqor, Afghanistan, winter (1986)) nous pouvons remarquer le traitement des couleurs, le sang, les corps bléssés, meurtris voire déchiquetés et des personnages nous amènent à penser qu’il s’agirait d’une photo de guerre prise dans un but documentaire, alors que non, il s’agit bien ici d’une fiction mise en scène comme toujours chez Jeff Wall. La photographie reprend une scène de guerre entre des soldats Afghans et soldats Russes. Un des soldats, sur la gauche, Afghan probablement, tient sa tête dans sa main. Position qui pourrait rappeler La Mélancolie d’Albrecht Dürer. Le réalisme des oeuvres s’appuie notamment avec un jeu de mise en scène plus que méticuleuse. Par exemple, la marionnette pour A ventriloquist at a birthday party in october 1947, (1990) fut entièrement réalisée par Jeff Wall lui­-même ! Des soldats plus vrais que nature dans Dead Troops Talk (a vision after an ambush of a Red Army Patrol, near Moqor, Afghanistan, winter (1986)
De plus, Jeff Wall, à l’aide d’une boite lumineuse, light box expose ses immenses photographies. Surélevée d’un cadre lumineux aux formats d’une peinture, les couleurs de la composition ressortent à l’instar d’un tableau classique, devenant ainsi une peinture contemporaine à part entière.

Le canadien admet : “Je cherche quelque chose de vraisemblable, que le spectateur peut accepter”. Avec ce réalisme recherché et assumé qui trompe le public, ce dernier doit alors se positionner par rapport à ce qu’il voit et de surcroît avec les impressions de “Déjà-vu” causées par les nombreuses références qui nourrissent les photos. La perception de la réalité présente est par conséquent doublement atteinte et par la suite remise en cause car le public y retrouve ou perd ses propres repères.

Jeff Wall a su parvenir à un juste milieu entre mise en scène contrôlée, parfaite et sens. En effet, lorsque les mises en scène sont trop contrôlées avec, par exemple, un surplus de détails, de perfection si nous pouvons dire, elles étouffent le dessus sur le sens de l’image.

Par ces oeuvres, Jeff Wall renouvelle la Photographie. Il s’approprie certains codes et éléments de la peinture pour les insuffler dans ces photographie et arrivent par conséquent à réaliser des oeuvres que nous pouvons alors considérer comme peintures modernes. Il s’intéresse à la nature de la peinture pour composer ses photos depuis ces études. En effet, selon lui, une peinture Baroque ne correspond pas un fragment de la nature mais plus à un ensemble d’élément qui compose une oeuvre picturale, contrairement à une photographie quelconque qui ne correspond qu’à un détail de la réalité. Il regroupe ainsi plusieurs éléments d’une réalité déjà façonnée pour en façonner une nouvelle.

 

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