Revue d’exposition #2 «  Ce n’est pas la taille qui compte » à la MABA

En cette fin d’année 2018 à Maison d’Art Bernard Anthonioz à Nogent-sur-Marne, les graphistes de s-y-n-d-i-c-a-t proposent une nouvelle exposition intitulée «  Ce n’est pas la taille qui compte ». Dans cette exposition il s’agit de s’intéresser plus à l’intelligence de la forme, à la réalisation et aux matériaux des objets imprimés qu’à leur format ou leur support. La présentation des différentes formes des objets graphiques et imprimés constitue le début d’un Fonds international d’objets graphiques de petite taille qui devrait se développer au fil du temps.

Avec une scénographie entre bibliothèque et centre d’archives, les pièces graphiques, multiples d’un généreux panel de graphistes sont disposées sur des étagères le long des couloirs de la MABA. Elles sont librement manipulables sur leur boîte cartonnée d’archive. Une feuille au format A4 collée fait office de cartel. Ces objets graphiques de petite taille restent atypiques et témoignent du graphisme (ou design graphique) contemporain et de la richesse des productions.
La scénographie, par le système de mise à disposition de ces cartes de visites, cartons d’invitation, cartels, emballages etc. permet au public un autre regard sur le graphisme et l’art contemporain sans en déformer les propos et la fonction initiale et surtout sans la frustration de la pièce en vitrine. Cette exposition permet aussi de regrouper tout ces objets pour comprendre à la fois les diverses pièces graphiques, mais aussi l’univers dans lequel évolue les graphistes et artistes, y voir les ressemblances entre les pièces, les possibles références.

Exemple d’objets exposés :  la graphiste suisse Adeline Mollard a réalisé l’ensemble des visuels du Festival de musique Bad Bonn Kilbi dont un emballage de fortune cookies qui renferme la programmation en lieu et place des prédictions. Petit objet, l’emballage devient alors un résidu de l’évènement.
Ou encore une pièce du graphiste français Jean-Marc Ballée. Lézard Graphique, atelier de sérigraphie invite chaque année à des graphistes de réaliser leur cartes de vœux pour la nouvelle année avec un calendrier. En 2014, ce fut au tour de Jean-Marc Ballée de réaliser la carte de vœux avec le calendrier sous formes de carte postale et de stickers. Les stickers demeurent des objets graphiques de petites tailles par excellence et remplissent parfaitement leur rôle de support de communication, bien que ici le graphiste se re-approprie cette forme de support pour en proposer une nouvelle, tel est le rôle d’un graphic designer.

Par cet ensemble de plus d’un millier d’objets imprimés et au-delà de la volonté de questionner leur mode d’exposition, s-y-n-d-i-c-a-t montre des pièces qui deviennent malgré elles des pièces dérivées conçues par des graphistes ou des artistes dans le cadre de commande d’entreprises, d’institutions et de musées.

Lien : Fonds international d’objets graphiques de petite taille

Portrait d’artiste #3 Cindy Sherman

Cindy Sherman née en 1954 dans l’Etat du New Jersey est une photographe spécialisée dans l’autoportrait où elle n’hésite pas à se mettre en scène déguisée pour critiquer et se questionner la société dans laquelle elle vie.

Après avoir étudié la peinture, elle commence la photographie par des performance et des oeuvres conceptuelles. Gilbert and George, John Baldessari, Duane Michals, William Wegman et Eleanor Antin deviennent ses principales sources d’inspiration.

Par le biais d’une série d’autoportraits Clown réalisée en 2003, au lendemain des attentats du 11 Septembre 2001, nous aborderons l’expression d’un état d’esprit sous le masque et l’incarnation d’un personnage.

Coiffée d’une perruque, maquillée, déguisée, Cindy Shermann incarne ici des clowns. Posant et portant à ses mains des accessoires appartenant au monde du jeu.
Le code des couleurs vives rappelle l’univers très coloré du cirque, mais aussi qui se veut attrayant, amusant pour plaire aux jeunes enfants.

À la fois burlesque et pathétique, le clown symbolise le rire, le cirque. Son but premier est de faire rire et d’être attrayant même si ce n’est pas toujours le cas. D’autre part il symbolise la folie de l’individu chez l’adulte. Néanmoins, pour cette série, l’artiste s’est plus intéressée aux personnes qui interprétation le clown lors de fête d’anniversaire comme elle l’explique dans une interview du Moma. En effet, elle désire par cette série, exprimées les divers émotions ou états d’esprits qui se trouvent sous le masque. Le sourire peint surplombe et cache l’absence d’émotion humaine. Le maquillage joue un rôle primordial dans ces photographies qui camoufle les expressions du visage ainsi que les poses qui sont complètement déliées. L’excès de couleurs se rapprochant du psychédélique, ajouté numériquement appuie le maquillage et à la fois la folie du clown mais aussi de la personne incarnant ce le clown.

Cette série rappelle L’Homme qui rit de Victor Hugo où un homme a la bouche mutilée, condamné à sourire jusqu’à sa mort.

Il s’agit de plus, d’une série photographique post­attentats du 11 Septembre 2001. Les personnes profondément heurtées, tristes après ce tragique événements semblent être obligés de porter un masque pour paraître heureux ou souriants, d’après ce que nous montre Cindy Shermann dans ces autoportrait de clowns. Néanmoins, l’idée d’émotions cachées peut tout à fait être détachée de ces attentats.
Cette série devient d’autant plus intéressante car il n’est pas tant question du clown mais plutôt de la personne incarnant le rôle du clown.

Il est clair que dans ces photographies l’incarnation dépasse le simple jeu interprétation d’un quelconque clown parce qu’une part, il y a la question de l’autoportrait, certes mais pas seulement. En effet la maîtrise de la mise en scène de Cindy Sherman nous montre à quel point elle arrive à personnifier le clown, le rendre humain.

Cindy Shermann joue, explore, incarne un simulacre à chaque personnage qu’elle propose ou l’apparence est devancée l’émotion par les divers artefacts que sont les déguisements, le maquillages et les accessoires. Elle livre ainsi une critique d’une société qui étouffe l’intériorité de l’individu avec l’attribution de statuts, tâches.

Portrait d’artiste #2 Jeff Wall

Le photographe canadien Jeff Wall, né en 1946 demeure parmi les artistes les plus influents de la photographie contemporaine. Inspiré par la peinture du XIXe Siècle et du Surréalisme, il réalise des photographies hors normes qui comprennent des mises en scènes méticuleuses.

À travers une série de trois oeuvres sélectionnées : Dead Troops Talk (a vision after an ambush of a Red Army Patrol, near Moqor, Afghanistan, winter (1986)); Tatoos and Shadows ; A ventriloquist at a birthday party in october 1947, (1990), il sera question ici de l’influence picturale de Jeff Wall et de son jeu de mise en en scène et de comprendre comment il est parvient à devenir un peintre moderne en photographie.

Après des études en Histoire de l’Art, l’artiste puise une majeure partie de son inspiration dans les tableaux peint par Eugène Delacroix, Edouard Manet et des oeuvres surréalistes comme notamment le travail de Marcel Duchamp. En effet, comme nous remarquons dans Tatoos and Shadows l’attitude des personnages mis en scène, rappelons­ le, posés sur l’herbe à l’abri du soleil, la verdure, rappellent directement les mêmes éléments composants la peinture d’Edouard Manet, Le Déjeuner sur l’herbe. Par ailleurs, nous pouvons noter que Jeff Wall a omis de représenter un détail : les éléments du Déjeuner. Comme la photographie précédente, A ventriloquist at a birthday party in october 1947, (1990) fait allusion à une oeuvre picturale. Ici, une ventriloque et sa marionnette au centre font face à douze enfants ayant le dos tourné, observent son numéro. L’alignement des personnages évoque ainsi La Cène de Léonard de Vinci. Le personnage central remémore au spectateur la même place attribuée à Jésus Christ dans la célèbre fresque : La ventriloque apparaît telle le Messie qui est sur le pont d’annoncer son discours. De plus, en observant cette étrange scène paradoxalement muette, le public reste absorbé par ce silence fascinant. Pour la dernière photographie, Dead Troops Talk (a vision after an ambush of a Red Army Patrol, near Moqor, Afghanistan, winter (1986)) nous pouvons remarquer le traitement des couleurs, le sang, les corps bléssés, meurtris voire déchiquetés et des personnages nous amènent à penser qu’il s’agirait d’une photo de guerre prise dans un but documentaire, alors que non, il s’agit bien ici d’une fiction mise en scène comme toujours chez Jeff Wall. La photographie reprend une scène de guerre entre des soldats Afghans et soldats Russes. Un des soldats, sur la gauche, Afghan probablement, tient sa tête dans sa main. Position qui pourrait rappeler La Mélancolie d’Albrecht Dürer. Le réalisme des oeuvres s’appuie notamment avec un jeu de mise en scène plus que méticuleuse. Par exemple, la marionnette pour A ventriloquist at a birthday party in october 1947, (1990) fut entièrement réalisée par Jeff Wall lui­-même ! Des soldats plus vrais que nature dans Dead Troops Talk (a vision after an ambush of a Red Army Patrol, near Moqor, Afghanistan, winter (1986)
De plus, Jeff Wall, à l’aide d’une boite lumineuse, light box expose ses immenses photographies. Surélevée d’un cadre lumineux aux formats d’une peinture, les couleurs de la composition ressortent à l’instar d’un tableau classique, devenant ainsi une peinture contemporaine à part entière.

Le canadien admet : “Je cherche quelque chose de vraisemblable, que le spectateur peut accepter”. Avec ce réalisme recherché et assumé qui trompe le public, ce dernier doit alors se positionner par rapport à ce qu’il voit et de surcroît avec les impressions de “Déjà-vu” causées par les nombreuses références qui nourrissent les photos. La perception de la réalité présente est par conséquent doublement atteinte et par la suite remise en cause car le public y retrouve ou perd ses propres repères.

Jeff Wall a su parvenir à un juste milieu entre mise en scène contrôlée, parfaite et sens. En effet, lorsque les mises en scène sont trop contrôlées avec, par exemple, un surplus de détails, de perfection si nous pouvons dire, elles étouffent le dessus sur le sens de l’image.

Par ces oeuvres, Jeff Wall renouvelle la Photographie. Il s’approprie certains codes et éléments de la peinture pour les insuffler dans ces photographie et arrivent par conséquent à réaliser des oeuvres que nous pouvons alors considérer comme peintures modernes. Il s’intéresse à la nature de la peinture pour composer ses photos depuis ces études. En effet, selon lui, une peinture Baroque ne correspond pas un fragment de la nature mais plus à un ensemble d’élément qui compose une oeuvre picturale, contrairement à une photographie quelconque qui ne correspond qu’à un détail de la réalité. Il regroupe ainsi plusieurs éléments d’une réalité déjà façonnée pour en façonner une nouvelle.

 

Portrait d’artiste #1 Claude Cahun

Claude Cahun, de son vrai nom Lucy Schwob (1894-1954) est jeune photographe surréaliste et écrivaine utilise l’autoportrait photographique pour questionner la notion d’identité, de genre et de représentation de soi ou plutôt de la création d’un soi singulier.

Sur cet autoportrait “Untitled” réalisé dans les années 1920, nous pouvons apercevoir l’artiste, crâne rasée, vêtue d’un costume d’homme et prenant légérement la pose avec sa main droite sur la hanche et sa bras le long du corps avec le poing fermé. En se travestissant et posant d’une façon plutôt féminine l’artiste pose une ambiguïté sur son genre : entre féminin et masculin. Lequel ? Est-il définit clairement ?

Par ailleurs, Claude Cahun, était une femme homosexuelle, plutôt émancipée de la société dans laquelle elle vivait. Donc question de l’identité sexuelle demeure un leitmotiv dans son travail artistique qui s’exprime et s’affirme à travers des mises en scènes où elle se déguise, se métamorphose, laisse place à des (ré)incarnations d’elle-même. Jouant de la frontière entre les identités de genre, de l’ambiguïté entre de diverses identités dans ses autoportraits. Elle reste dans la volonté d’affirmer une certaine singularité qui lui est propre. Elle tente de se recréer, de réinventer son identité en essayant de projeter sur elle ses images intérieures et un idéal qui ne soit d’aucun genre. Son androgynie montrée dans ses autoportrait traduit plutôt un genre neutre, ni femme ni homme comme elle le représente. «Masculin ? Féminin ? Mais ça dépend des cas. Neutre est le seul genre qui me convienne toujours», écrit-elle dans Aveux non avenus. Cette position sur le genre demeure aussi une position qu’elle assume dans son militantisme pour en faveur de l’homosexualité et ses idées politiques de gauche. À la fois militante de gauche et résistante, elle exprime ses idées par ses portraits et autoportrait et prône ses idées pour une ouverture et libération des moeurs pour les homosexuel.les.

L’autoportrait photographique lui permet ainsi développer une identité hors du commun, de se l’approprier pour l’affirmer tout au long de sa vie.

 

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Revue d’exposition #1 Pierre Huygue Centre Pompidou

Pierre Huygue 25 septembre 2013 – 6 janvier 2014 Centre Pompidou Paris

L’oeuvre de Pierre Huygue, artiste plasticien né en 1962, repose sur les questions autour de notions plutôt proches telles que la fiction, l’imaginaire, le réel et l’irréel ainsi que le vivant. Avec un langage complexe qui lui est propre, il interroge ces notions en proposant au spectateur de devenir acteur d’une expérience. Celui-ci entre alors en immersion dans l’univers de l’artiste à travers un espace formé par ensemble d’oeuvres qui s’articulent et coexistent entre elles. C’est le cas de l’exposition Pierre Huygue au Centre George Pompidou dirigée par Emma Lavigne. L’expérience vécue au sein de cette exposition bouscule la notion d’exposition : disparition du “white cube” qui n’a plus de sens de parcours de visite, toutes les oeuvres directement installées sur l’exposition précédente vivent et se complètent dans un même espace. “Zoodram 4”, une oeuvre se composant d’un aquarium accueillant un bernard l’Ermite ayant La Muse Endormie de C. Brancusi en guise de coquille, “Untitled” sculpture d’un homme à la tête de ruche d’abeille, “Human”, chien à patte rose, sont des oeuvres qui vivent et questionnent leur réalité. A la fois hybride et fictionnelles ces oeuvres vivantes traduisent une étrangeté qui semble irréelle qui nourrit l’univers personnel de Pierre Huygue. Un langage propre qui lie fiction et imaginaire, il re-crée et met en scène le sien par ces oeuvres autonome et hybrides composées d’éléments organiques et non-organiques qu’il propose entre les murs ouverts de la galerie sud de Beaubourg. De plus, les oeuvres semblent autonomes et indépendantes mais coexistent quand même. L’exposition dans son ensemble, vit et se meut. Elle est en partie née directement sur les cimaise de l’exposition précédente, celle de Mike Kelley. Exposition in situ, de passage donc et éphémère, elle se nourrit et évolue par la visite de ses spectateurs qui vivent eux aussi l’exposition comme des témoins d’une expérience, situation unique à part entière. De même, cette exposition comme les précédentes de Pierre Huygues, ne sont pas simplement un arrêt, un point définitif de l’artiste mais une étape où les oeuvres se prolongent, développent au-delà de l’atelier. Néanmoins l’idée étape marque bien un point de temporalité qui s’inscrit au sein du Musée comme nous pouvons l’observer via “Time Keeper” : un morceau de mur est gratté. Nous pouvons y observer les différentes couches de peintures qui sont détourées par de la couleur. Chaque couche est une trace des expositions qui ont eu lieu dans cet espace.

Librement, le public réagit immédiatement lors de son chemin qui s’est frayé dans son parcours immersif issu de l’imaginaire de l’artiste. Cependant, l’artiste semble aussi questionner la naïveté du public en provoquant une réaction devant des oeuvres qui sortent du domaine de l’ordinaire. En effet, qui ne reste pas indifférent face un lévrier à patte rose qui se promène dans l’espace d’exposition, face à cet aquarium posé humblement à l’entrée ? Par ces questions l’artiste s’exprime : “Ce n’était pas les situations qui m’intéressaient mais leur porosité” Les réactions ne font que traduire une perte de repère de la part du public. En effet, en étant confronté un imaginaire propre, le spectateur doit remettre en cause son propre regard parfois non averti qui ne s’attend pas à de telles oeuvres.

 

Plus d’infos ici : Exposition